Des vieilles cabines téléphoniques à la ville responsive

Reinvent payphones challenge

Que faire des 11400 vieilles cabines téléphoniques de New-York , dont la licence expirent en 2014 ? Les démanteler ? Non, trop coûteux. Mais au contraire, investir pour y greffer des capacités digitales et pousser de nouveaux usages dans l’écosystème hyper local.

le réseau de veilles cabines de NY au coeur des usages urbains

La ville de New-York (mais d’autres villes US sont aussi sur le qui-vive) cherche à réinventer son réseau obsolète de cabines téléphoniques publiques pour y pousser de nouveaux services et usages grâces aux technologies numériques. Passer de la cabine téléphonique publique filaire (et à pièce) à des cabines communicantes et informationnelles . Des cabines branchées à l’écosystème de chaque quartier, le tout formant un maillage intelligent à la ville. L’idée est de s’appuyer sur une infrastructure préexistante et la réhabiliter grâce au digital. Un hackathon a été organisé (décembre 2012 – février 2013) pour réinventer l’usage du publicphone .

Plusieurs projets ont retenu l’attention outre-atlantique avec deux grands gagnants révélés en mars 2013.

    • >et NYFI dans la catégorie meilleure connectivité

 

Le projet Street beacon, comme un totem urbain connecté en osmose avec les flux ambiants de proximité

 street beaconLe projet StreetBeacon, comme un totem urbain connecté…

 street beacon… en osmose avec les flux ambiants de proximité

Des étudiants de l’université de Fordham et New-york ont imaginé la borne StreetBeacon avec comme objectif de redesigner et transformer chaque cabine publique en hub informationnel et communautaire hyper-local et en temps réel.

Liste des fonctionnalités envisagées:

    • >Chaque cabine s’agence dans une micro zone d’accueil urbaine, sorte de corner de services urbains : banc public, parcs à vélo, boitier de chargement électrique, etc…
    • >La cabine téléphonique est en osmose avec l’ambiance de données qui l’environne via ses capteurs.
    • >Un totem de jeu d’écrans pour pousser des contenus contextualisés, comme un phare à deux faces sur la partie haute du totem, et un écran tactile à hauteur d’homme : actualités de la ville et du quartier, infos accidents, travaux, horaires diverses, événements, alertes locales, publicités et offres commerciales hyper-contextuelles, plan de quartier interactif
    • >Mais aussi actualités des communautés locales (petites annonces, agenda touristiques,…): certaines bornes sont traduites en espagnole par exemple.
    • > La borne connectée communique aussi par signaux lumineux en phase avec l’activité urbaine avoisinante, réinventant le genre dans la signalétique urbaine.
    •  >La fonction téléphone est renouvelée par la technologie touchless et de motion capture: c’est plus hygiénique nous dit-on…L’utilisateur ne touche rien. Il parle pour piloter le device. Des capteurs acoustiques permettent d’atténuer le bruit de la circulation pour parfaire la conversation téléphonique
    • > La borne twitte et chaque habitant du quartier peut s’abonner au flux twitter. On peut aussi se connecter au flux informationnel de sa cabine préférée à distance via une application sur son smartphone pour se renseigner sur l’actualité hyper locale. J’imagine bien des partenariats avec des opérateurs de services géolocalisés: un foursquare, un trip-advisor, un airbnb, un yellowpage (mais aussi les hackers du coin ;)
    • >Des APIs permettent de délivrer les data captées par la borne et instruire en temps réel les habitants du quartier, voire de la ville entière permettant par exemple de dresser en temps réel une cartographie de l’exposition aux pollens. Autres exemples : trouver un lieu calme à proximité, pour se mettre à l’abri du bruit infernal de la circulation; afficher la carte de la criminalité (!)
    • >Les jeux de données sont mis à la disposition du public par la ville, élargissant alors le champ des possibles en terme de services à inventer. La ville avec ce type de réseau intelligent (maillage de capteurs sur ville) et ses utilisateurs avertis, devient opérateur de data urbaines. Elle mute en store serviciel , propulsant la ville en faiseur d’applications, une sorte de store distribué sur chaque borne , soit en s’y « plugant » soit en s’y reliant à distance via son device personnel.
    • >La borne est alimentée par des panneaux solaires.


NYC Beacon (Reinvent Payphones) from Frog on Vimeo.

 

Nyfi comme point d’accès multi-serviciel à la ville

Le projet NYFI, quant à lui , propose deux versions de bornes, l’une plus adaptée aux zones de chalandise et l’autre, plus petite, adaptée à un contexte résidentiel. La borne fonctionne selon deux modes: un mode dormant, quand la borne n’est pas utilisée et qui s’anime alors en digital signage. Un mode interactif quand la borne est utilisée par une personne.

Mais c’est l’approche modulaire, adaptative, responsive, qui retient l’attention :

    • > Avec la possibilité d’insérer des briques fonctionnelles en fonction de l’endroit et du moment (événementiel): le service adéquat un bon moment, au bon endroit, réactif au contexte local.
    • >Anticiper les usages et services futurs en proposant un système ouvert.
    • >Et surtout, adopter une logique de couteau suisse, de tout en un, pour simplifier l’accès aux micro-services de la ville en un seul spot : ticket de bus, distributeur de carte, réservation de vélo, téléphone public,…
nyfi , reinvent payphones

NYFI, point d’accès multi-serviciel à la ville,
responsive en fonction des spécificités du contexte.

Dans « Reinvent Payphones », il y a « pay »

Ces fabuleux projets vont donc certainement se matérialiser sur une ligne budgétaire ! Et j’espère pouvoir utiliser ces payphones en tant que touriste dans la big Apple un jour … ou en France en tant que citatin. Cependant, dans Payphones, il y a « pay », donc business model : évidement, le coût de l’usage de ces bornes « publiques » va peser dans l’adhésion au service et sa rentabilité. Et la perception de la valeur ajoutée sera alors déterminante pour engager et fidéliser le citadin et capter le touriste de passage. De même pour engager des annonceurs et partenaires.

 

La valeur ajoutée dans l’agrégation et la curation de data urbaines

La valeur ajoutée consiste d’abord, à mon sens dans la génération et mises à disposition de jeux de données contextuelles et donc de mise en intelligence de la ville. Il s’agit d’élaborer ces bornes comme des agrégateurs et curateurs de data contextualisées. Des data humaines, sur les usages et comportements des catégories d’usager, de manière anonyme et sécurisée: flux de personne, flux de conversation, flux de partages, flux de requêtes, typologies des feedbacks et besoin des gens (big brother, encore toi !!) . Et les data des choses, comme les données météorologiques, de trafic, de pollution sonores, de l’air, etc.. La borne enregistre des data (source de revenus donc) et les restitue (in situ, à la borne ou bien à distance) , sous forme de data store …

 

La valeur ajoutée dans l’interfaçage de l’écosystème embarqué sur l’utilisateur avec la borne

 

Cet interfaçage conditionne l’adhésion des utilisateurs à ces nouveaux micro-services humains : la capacité à inter-opérer l’équipement de l’utilisateur avec la borne tant en ce qui concerne les modes de connectivité (NFC, bluetooth, wifi…) que l’écosystème d’applications. La valeur ajoutée de la borne comme prolongement, extension de son smartphone et réciproquement, en quelque sorte.

    • >Tenir compte de l’équipement personnel des utilisateurs (et bien entendu leur culture d’usage).
    • >Déjà, pouvoir à la fois bénéficier de l’usage de ces bornes sans son smartphone, cela va de soi, sur les services primaires, notamment (urgences, plans…)
    • >Pouvoir exploiter le potentiel d’interaction entre l’écosystème d’applications embarqués sur l’utilisateur et l’écosystème serviciel intégré à la borne: déposer une petite annonce, emporter un coupon, emporter un itinéraire, partager ses check-ins, déposer une photo, « tagger » la borne d’un message personnel, donner RDV à la borne, charger son smartphone ou sa tablette, acheter un contenu à emporter, glisser un numéro de contact sur la borne pour bénéficier d’un confort accru en mode visiophone, etc…
    • >Fluidifier l’expérience utilisateur en fonction de l’espace, du temps et du besoin : d’où je viens, où je suis, où je vais, avec qui ? Ce que j’y fais…

 

Ces types de dispositif connectés et intelligents nous propulsent davantage encore dans ce XXIème siècle. Les décideurs publics et autres acteurs de la ville 2.0 (marques, opérateurs) sortent de leur attentisme pour oser, d’autant que les early adopters d’hier sont les utilisateurs lambda d’aujourd’hui. C’est frappant aux USA et dans d’autres pays anglo-saxons. Mais aussi en France où on a parlé beaucoup d’Open data en 2012 et début 2013. La Ville de Paris entre autre, s’est récemment illustrée dans le déploiement de différents prototypes dans la Capitale.

 

 

Sources:

 

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